1911 — 1932 · Jeunesse

Une vocation musicale contrariée

Marseille · 1911
Naissance22 janvier 1911
Lieu119 rue Paradis
QuartierSaint-Barnabé
PèreJoseph Roussin (assureur)
MèreFélicité Gardair

André Roussin naît le 22 janvier 1911 au 119 rue Paradis à Marseille, dans une famille de la grande bourgeoisie marseillaise. Son père, Joseph-André Roussin, est assureur. Sa mère, Félicité-Louise-Suzanne Gardair, est l'une des six filles d'un puissant industriel phocéen qui inspirera plus tard les pièces Le Tombeau d'Achille et La Sainte Famille.

Sa première passion est le violon. À huit ans, il entend Jacques Thibaut aux Concerts classiques de Marseille et décide de devenir violoniste. Après six ans de travail acharné, il renonce : « il est préférable de ne pas jouer du violon si on n'en joue pas parfaitement bien ».

« Mon fils a une double ambition : être dernier de la classe et devenir Napoléon. Pour la première ambition je pense qu'il n'y aura aucun problème, pour la seconde je ne suis pas sûr de vivre jusqu'au sacre. »
— Son père, Joseph Roussin

À 15 ans, il abandonne l'instrument pour l'art dramatique. Il écrit une pièce en vers de 800 alexandrins, un drame héroïque que la famille lit avec amusement. On le surnomme « Pagnolet », en référence à Marcel Pagnol dont Topaze triomphe en 1928. Il parodie Le Misanthrope de Molière dans Les Fureurs d'Alceste, pièce qui convainc enfin sa famille de son talent.

Il entre à la Faculté de droit de Marseille, rate son examen, tente une licence de lettres, rate à nouveau l'écrit. Il en profite pour arrêter ses études : il n'a nulle intention de devenir professeur. Son père l'autorise à monter à Paris.

1933 — 1937 · Le Rideau gris

La première compagnie de décentralisation

Arrivé à Paris, il travaille huit mois comme stagiaire aux Assurances La Flandre. Sur les conseils de Pierre Fresnay qui lui a dit la phrase restée célèbre, il est adressé à Fernand Ledoux, pensionnaire de la Comédie-Française, qui lui conseille de travailler Alceste. Il passe des auditions à l'Odéon sans succès.

Mais à Marseille, Louis Ducreux a fondé le Rideau gris, une compagnie d'amateurs qui donne chaque mois une pièce inédite. Un acteur malade a besoin d'un remplaçant. Roussin se présente, fait l'affaire, et joue le surlendemain.

« J'arrivais au Rideau gris pour sauver une représentation. C'était lui qui allait me sauver en me ramenant au théâtre. »
— André Roussin

Le Rideau gris n'est pas une affaire commerciale mais un club. Chaque spectacle, répété un mois durant, n'est représenté qu'une seule fois. Roussin y trouve sa place : « Pour Roussin, qui avait toujours été l'amateur partout où il avait passé, il se sentait professionnel chez ces amateurs ».

La troupe est reconnue par Supervielle, Milhaud, Poulenc et Giono. Elle joue à Lyon, Nice, Grenoble, Cannes. En 1937, le ministre Jean Zay la désigne pour représenter deux spectacles à la Comédie des Champs-Élysées. C'est après cette reconnaissance que Ducreux et Roussin se séparent.

1941 — 1972 · Le dramaturge

Le succès planétaire

Durant la guerre, grâce à un petit héritage, Roussin produit sa première pièce Am stram gram avec Micheline Presle. D'abord présentée en zone libre en 1941 (triomphe), elle est montée à Paris en 1943. En 1944, Jean-Baptiste le mal-aimé, inspiré de la vie de Molière, essuie un échec. Il rejoint l'armée en Allemagne avec le grade de sous-lieutenant.

C'est avec La Petite Hutte (1947) qu'il assoit sa réputation. Adaptée d'une comédie catalane de Carles Soldevila, la pièce est d'abord créée à Bruxelles, puis au Théâtre des Nouveautés à Paris où elle atteint 1500 représentations. Elle sera adaptée à Hollywood en 1957 sous le titre The Little Hut (Mark Robson).

Les succès s'enchaînent : Bobosse (1950, François Périer, 1500+ représentations), Lorsque l'enfant paraît (1951, 1600 représentations), Nina (1949), La Mamma (1957), La Voyante (1963), toutes écrites pour Elvire Popesco.

Ses comédies débordent les arguments du boulevard pour aborder des sujets rarement exposés. Les Œufs de l'autruche évoque l'homosexualité, Lorsque l'enfant paraît aborde l'avortement, des thèmes remarquablement progressistes pour les années 1950. Sa volonté de coller aux évolutions des mœurs le pousse à réviser et adapter certaines de ses pièces.

1973 — 1987 · L'Académie française

L'immortel

Sous la Coupole · 1974
Élection12 avril 1973
Fauteuil7
PrédécesseurPierre-Henri Simon
SuccesseurJacqueline de Romilly
Réception2 mai 1974

André Roussin est élu à l'Académie française le 12 avril 1973, au fauteuil 7, succédant à Pierre-Henri Simon. Sa réception officielle a lieu le 2 mai 1974.

« Si je suis élu, je serai immortel ; si je suis battu, je n'en mourrai pas. »
— Avant son élection

Éreinté par la critique et son nouveau statut s'accordant mal à sa fantaisie débridée, sa production théâtrale décroît après son élection. De 1972 (La Claque) à 1987, il ne write plus que trois pièces.

De 1984 à 1986, il préside la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), couronnement d'une carrière dédiée à la défense du théâtre et de ses auteurs.

Vie privée · Décorations

L'homme derrière le rideau

Famille

Épouse Marie Marguerite Henriette Lucienne Deluy (1903—1999) le 4 juin 1947 à Paris 16e. Un fils : Jean-Marie.

Décorations

Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre national du Mérite
Commandeur des Arts et des Lettres (1966)

André Roussin épouse Marie Marguerite Henriette Lucienne Deluy le 4 juin 1947 à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Le couple aura un fils, Jean-Marie.

Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille, sa ville natale qu'il n'a jamais oubliée et qui transparaît dans toute son œuvre.

Autobiographies

André Roussin est aussi l'auteur de quatre volumes de mémoires, qui retrcontent sa vie et le monde du théâtre de son époque :

1953 — Patience et Impatiences (La Palatine)
1974 — La Boîte à couleurs
1982 — Le Rideau rouge, portraits et souvenirs
1983 — Rideau gris et habit vert